Réparer les vivants au Théâtre du Rond Point, un moment suspendu

3_REPARER_Q-2000x2590.png

Il y a la justesse des mots de Maylis de Kerangal. Leur précision clinique vectrice d’une émotion vertigineuse. Et puis il y a l’interprétation et la mise en scène d’Emmanuel Noblet , fidèle, respectueuse, qui fait résonner le texte en nous.

La salle est petite, la scène si proche de nous. Le décor est minimaliste: un écran en fond de scène, deux chaises, un surf au début de la pièce, un lit figurant une table d’opération à la fin… Emmanuel Noblet incarne tous les personnages, il leur prête sa voix pour nous raconter le cœur de Simon Limbres. Ce qu’il advient de ce cœur. Il est question de transplantation cardiaque. Il est question de la vie. De la perte. Lire la suite « Réparer les vivants au Théâtre du Rond Point, un moment suspendu »

Edmond au Théâtre du Palais Royal, la belle histoire

Alexedmond-blogis Michalik signe ici sa 4e création et confirme avec brio ses fabuleux talents de conteur. Sa pièce, hommage au Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand, raconte la genèse fantasmée du chef d’œuvre.

Alors que Le Porteur d’Histoire et Le Cercle des Illusionnistes, ses précédentes pièces, étaient construites selon un système de « poupées russes » et de digressions où différents récits s’entremêlaient, Michalik adopte ici une narration plus linéaire tout en créant une mise en abîme réjouissante. Lire la suite « Edmond au Théâtre du Palais Royal, la belle histoire »

Les femmes savantes au Théâtre de la Porte Saint-Martin, sympathique

lfs-affiche-blogJaoui et Bacri. Il faut être honnête, Molière ou pas, les têtes d’affiche motivent à elles seules le déplacement. La mise en scène signée Catherine Hiegel, ancienne sociétaire de la Comédie Française, est également un argument supplémentaire – la cerise sur le gâteau en quelque sorte.

Une fois sur place qu’en est-il? Le décor est très beau avec des détails soignés. Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri sont impeccables. Il faut noter également la drôlerie d’Evelyne Buyle en Bélise. On aurait peut-être apprécié un tout petit peu plus de nuance dans le jeu de Clytandre (Benjamin Jungers) et une élocution à peine plus appuyée de Trissotin (Philippe Duquesne). On passe ainsi une bonne soirée, en bonne compagnie. La mise en scène reste classique, de bonne facture et sans fulgurances, au service du texte de Molière. Lire la suite « Les femmes savantes au Théâtre de la Porte Saint-Martin, sympathique »

Anima de Wajdi Mouawad aux Editions Actes Sud, quand poésie et violence s’entremêlent

anima-wajdi-mouawad-blogIl est difficile de sortir indemne de cette lecture. La violence y est omniprésente et se décline tout au long du récit sous des formes diverses.

Elle est d’abord brutale et factuelle dès la première page du roman : le héros, Wahhch Debch, découvre sa compagne sauvagement assassinée dans leur appartement de Montréal. La violence n’apparaît pourtant pas ici sous sa forme la plus insupportable. Il y a bien sûr l’horreur des détails mais la lecture régulière de romans policiers et le visionnage récurrent de séries policières nous permet de maintenir une certaine distance. C’est de la fiction.

La perte de Léonie – c’est ainsi qu’elle s’appelle – ouvre en Wahhch Debch un gouffre qu’il ne se soupçonnait plus. Et, tapie au fond de ce gouffre, c’est sa propre violence qui gronde sourdement, cette violence qu’il porte dans son sang et qu’il a reçue en héritage : enfant il a échappé de justesse aux massacres de Sabra et Chatila. Pour combler ce gouffre, croit-il, Wahhch Debch se lance alors à la recherche de l’assassin de sa femme en territoire Mohawk. Non pas pour se venger mais pour voir le visage de celui qui a fait ça. Pour pouvoir réaliser pleinement – bien qu’il le sache – qu’il n’est pas l’auteur de ce meurtre abominable, il n’est pas responsable de cette atrocité. Nous l’accompagnons dans sa quête et nous nous heurtons, au fil des pages, à la violence des hommes à laquelle fait écho la violence des bêtes et insectes qui croisent son chemin – et à travers les yeux desquels nous est comptée l’histoire de Wahhch Debch. Lire la suite « Anima de Wajdi Mouawad aux Editions Actes Sud, quand poésie et violence s’entremêlent »

Mal de Pierres de Milena Agus aux Editions Liana Levi, une écriture délicate

milena-agus_maldepierres-mini.jpgUne belle femme sarde à la sensualité contrariée depuis l’enfance est considérée comme dérangée par son entourage. Mariée par ses parents à un homme dont elle déclare qu’elle ne l’aimera jamais, elle tombe plusieurs fois enceinte sans jamais parvenir à garder l’enfant. La faute au « Mal de pierres » dont elle souffre. Lors d’une cure elle rencontre le Rescapé, un homme qui contribue à étancher sa soif de passion et lui permet de s’ancrer un peu plus dans cette vie qu’elle semblait jusque-là traverser en visiteuse.

Il y a beaucoup de subtilité dans ce récit qui n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. La narratrice, petite-fille de l’héroïne, dresse par petites touches un portrait de sa grand-mère en se remémorant les anecdotes et secrets que cette dernière lui avait confiés. Elle raconte aussi son père, sa mère, son autre grand-mère – aussi sèche et rigide que l’autre est sensuelle et fantasque.

Milena Agus excelle dans sa description des petits rien du quotidien qui sont pourtant parties constituantes d’une vie, qui sont la vie : un jardin aménagé sur une terrasse, des conversations de femmes dans une cuisine, un repas partagé en famille ou bien entre voisins. Lire la suite « Mal de Pierres de Milena Agus aux Editions Liana Levi, une écriture délicate »

Les temps sauvages de Ian Manook aux Editions Albin Michel, dépaysant

mongolie-blogAfin de prolonger l’été et ne pas se plonger trop vite dans la frénésie de la rentrée, quoi de mieux qu’un bon polar?

Au delà du style, du rythme et du suspens distillé tout au long du roman – éléments évidemment essentiels – il y a cet énorme plus que l’auteur peut nous apporter: le dépaysement. Et ce grâce à l’immersion dans une culture peu ou mal connue.

Le dernier roman de Ian Manook (dont le patronyme aux consonances mongoles est trompeur puisque l’auteur se nomme en réalité…Patrick Manoukian) répond à toutes ces exigences. Et en matière de dépaysement, il faut bien avouer que la Mongolie est une destination de choix. Lire la suite « Les temps sauvages de Ian Manook aux Editions Albin Michel, dépaysant »

Bigre au Théâtre Tristan Bernard, du burlesque réussi

bigre_imgUne pièce de théâtre sans paroles. Présenté ainsi, le projet peut sembler un poil rébarbatif. Il n’en est rien ! « Bigre » est un spectacle réjouissant de bout en bout. Inventifs, les gags se succèdent et on rit de bon cœur aux mésaventures des trois protagonistes – trois voisins de palier d’un immeuble parisien.

Il y a peut-être quelques longueurs (à peine) et un humour parfois un peu cru, mais la drôlerie l’emporte : la salle rit et nous avec. Et ça fait du bien. Beaucoup de bien.

Une pièce à aller voir sans hésiter! Lire la suite « Bigre au Théâtre Tristan Bernard, du burlesque réussi »